Lundi 25 juillet 2005

Selon l'historien William Donaldson, il faut attendre la fin du 17e siècle pour que les Anglais prennent conscience de leur originalité vraiment unique. Ils observent alors que leur sens de l'humour diffère profondément de celui pratiqué par l'aristocratie continentale. Aux bons mots et aux jeux d'idées, ils préfèrent l'autodérision. Rappelons-nous Falstaff se moquant de l'idée même d’honneur, trop abstraite pour lui. Le sens de l'humour anglais aime se moquer du sentiment de grandeur européen et de sa prétention, et lui préfère un certain cynisme. L'excentrique anglais peut ainsi aller loin dans la taquinerie. Un véritable exercice en liberté d'expression. On lui permet de railler les institutions ou la monarchie puisqu'il est le premier à se moquer de lui-même. Les continentaux appellent cela de l’insolence, les Anglais, de l’humour excentrique.

Extrait tiré de Muze 11, page 84.

Par Pierre A. - Publié dans : Littérature
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Lundi 25 juillet 2005

Carrère adapté par lui-même. Avec des acteurs au poil.

Il en va de la moustache du titre comme de beaucoup de choses apparemment anodines. C'est en disparaissant qu'elle prend toute son importance. L'adaptation de son propre roman par l'écrivain Emmanuel Carrère a d'emblée ceci de réussi : la scène inaugurale du rasage de la moustache est saturée d'un étrange suspense. Sa durée, sa précision clinique et les violons anxiogènes de Philip Glass en font une cérémonie transgressive, un rituel initiatique.
De fait, une fois imberbe, Marc (Vincent Lindon) bascule dans une réalité imprévue. Sa femme Agnès (Emmanuelle Devos) ne remarque pas qu'il manque à son homme cette épaisse moustache portée, semble-t-il, depuis toujours. Les amis chez qui ils dînent le soir même, pas davantage. Bientôt, Agnès niera même que Marc ait un jour eu une moustache. Les amis, les collègues en feront autant.
Du texte à l'écran, la fertilité de ce point de départ kafkaïen ne se dément pas. On voit immédiatement les nombreuses portes que le récit est susceptible d'ouvrir, tous les sujets qu'il peut embrasser. A quel point est-on à la merci, et dans la dépendance, du regard des autres ? Que se passe-t-il quand se dérobe l'évidence d'un « réel » partagé avec ses proches ? Où commencent la dépression, la folie ? Qui est malade, qui est en danger, qui est dangereux ? Une simple péripétie épidermique, et nous voici au bord du vide, et au carrefour des genres fantastique, psychologique, philosophique.
Emmanuel Carrère joue habilement sur tous les tableaux. Mais, parmi les histoires en puissance contenues dans celle de la moustache effacée, il en choisit une qui n'était pas le centre du livre : la chronique d'un couple miné par l'incompréhension mutuelle, et, partant, privé peu à peu de sa raison d'être, réduit à une cohabitation absurde. Au-delà de son argument irrationnel, le film montre ainsi une fascinante dérive des continents à l'intérieur d'un bel appartement bobo. Presque la fin d'un monde, tant l'évaporation des repères de Marc semble mettre à nu la vacuité de tout un mode de vie. En vrac : excès de bureau, de sushis, de shopping chic, de dîners entre amis, de tête-à-tête forcés.
Comme le cinéaste épouse le point de vue de Marc, il donne à l'épouse le rôle opaque et difficile de l'étrangère à domicile, de l'altérité faite femme. Tour à tour exaspérée, apitoyée, humiliante, inquiétante et, en même temps, mystérieusement banale, Emmanuelle Devos poursuit avec subtilité le travail accompli dans le dernier Desplechin. Elle fait décidément partie de celles dont la seule présence à l'écran est un spectacle. Face à elle, Vincent Lindon tel qu'on l'avait rarement vu : Emmanuel Carrère le filme au plus près, le met à nu, corps noué, affolé ou recroquevillé. Un bernard-l'ermite privé de coquille.
Et puisque le film s'inscrit, bon gré mal gré, dans la tradition française du « film de couple », avec deux acteurs connus à l'affiche, il est aussi un passionnant exemple de la volonté actuelle de renouveler le genre. Après le récent Lemming, de Dominik Moll, il y a quelque chose de lynchien dans la construction de La Moustache. Et dans son principe, assez pervers, de narration : une manière d'invalider au fur et à mesure ce qui semblait acquis.
Emmanuel Carrère place ainsi le spectateur dans la même position inconfortable que son héros, condamné à se défaire de ses certitudes, puis allant au-devant de ce dénuement, à l'autre bout du monde - Hongkong. Un peu sur le modèle de l'indépassable Mulholland Drive, le film propose, en son dernier tiers, une autre « version » de la vie de couple de Marc et Agnès, mais sans que l'on puisse reconstituer le puzzle ni rétablir la logique d'un tel enchaînement. Quelque chose cloche, à dessein bien sûr, et c'est peut-être le seul reproche que l'on puisse adresser à Carrère : qu'il ait ostensiblement forgé une impasse, et d'avance barré la route (contrairement à Lynch) à une conclusion ferme, celle du roman par exemple. Souci superflu puisque, de toute façon, la fêlure, le trouble sont là.
Louis Guichard
Français (1h26). Réalisation : Emmanuel Carrère. Scénario : Jérôme Beaujour, E. Carrère. Avec: Vincent Lindon (Marc), Emmanuelle Devos (Agnès), Mathieu Amalric (Serge), Hippolyte Girardot (Bruno).

Critique tirée de Télérama 2895, page 29.

Par Pierre A. - Publié dans : Cinéma
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Lundi 25 juillet 2005

Troisième billet de ce blog, la critique du film La Moustache, adaptation de son propre roman par l’écrivain Emmanuel Carrère… Ce blog sera-t-il finalement consacré à ma passion, le cinéma ? Pas uniquement, tout d’abord, parce que je suis aussi mordu de littérature, la preuve avec un très court extrait du livre Les Nouveaux Anglais, de Agnès Catherine Poirier.

Par Pierre A. - Publié dans : Mon premier blog
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Samedi 23 juillet 2005

Le premier billet d’un blog est celui qui permet de déterminer dans quelle famille ce blog peut-être classé.
Si mon billet commence par « je » et que « je » est le sujet principal du blog, ce blog peut donc être rangé dans la catégorie des journaux personnels et intimes.
Mais si ce blog diffuse des extraits d’albums, des comptes rendus de concerts, des critiques, alors il sera étiqueté blog musical ou « audioblog ».
Par contre, si ma note traite des loisirs, des voyages, de sport ou de mon quartier, ce blog est donc un blog thématique.
Bien sur, si ce blog est rempli de confidences, de coups de gueule, avec ou sans photo, et, utilise un langage SMS alors vous avez à faire à un blog d’ado.
Enfin, si vous apercevez une bande dessinée, des photos, des arts graphiques, plastiques vous êtes probablement sur un blog artistique ou un « photoblog ».
Oui, mais là ?

Par Pierre A. - Publié dans : Mon premier blog
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Vendredi 22 juillet 2005

Le mot « blog » est la contraction de « weblog », « log » désignant le journal de bord dans l’aviation ou la marine. Composé de billets ou de notes, chaque blog appelle les commentaires des lecteurs. Vous voulez créer le votre ? C’est facile et rapide grâce à des outils logiciels et des plates-formes d’hébergement, gratuites ou payantes (Dotclear, Typepad, Wordpress, Skyblog, HautEtFort, BlogSpirit, CanalBlog, 20six…). Reste à paramétrer l’habillage graphique puis à taper un premier billet qui sera automatiquement mis en ligne. Après…

Définition tirée de Télérama 2890, page 9.

Par Pierre A. - Publié dans : Mon premier blog
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